Inspection vidéo de forage : les défauts critiques à identifier

Un passage caméra dans un forage ne vaut que ce qu'on sait y chercher. Voici les anomalies les plus significatives, ce qu'elles révèlent et ce qu'elles impliquent pour l'exploitation de l'ouvrage.

L'inspection vidéo par caméra est l'acte de diagnostic le plus informateur pour un forage : elle donne accès à ce que les mesures de surface ne peuvent pas révéler directement. Mais la qualité du diagnostic dépend autant de la rigueur de l'observation que de la résolution des images. Savoir ce qu'on cherche, comment le reconnaître et ce que ça implique pour l'ouvrage, c'est ce qui distingue une inspection utile d'un simple enregistrement vidéo.

Quand et pourquoi réaliser une inspection caméra

L'inspection vidéo se justifie dans plusieurs situations : à la réception d'un ouvrage neuf (pour constituer l'état de référence), lors d'une baisse de débit inexpliquée, avant et après une réhabilitation (pour documenter les conditions avant traitement et mesurer l'efficacité), et périodiquement pour les ouvrages d'importance stratégique. L'administration recommande des inspections périodiques pour les captages d'alimentation en eau potable.

L'équipement de base est une caméra couleur orientable descendue dans le forage sur câble, avec mesure de profondeur intégrée. Les caméras panoramiques permettent d'inspecter l'ensemble de la circonférence du tubage en une passe, ce qui est particulièrement utile pour détecter les perforations ou les fissures ponctuelles.

Défaut 1 : le colmatage des crépines

Le colmatage est l'anomalie la plus fréquente sur les ouvrages en exploitation. Il se manifeste de plusieurs façons selon son origine.

Le colmatage minéral (entartrage) se présente comme des dépôts blancs, jaunâtres ou rougeâtres qui obturent progressivement les ouvertures des crépines. La calcite, le fer et le manganèse sont les principaux minéraux en cause. Les dépôts sont durs et adhérents, souvent difficiles à distinguer à l'oeil nu d'un colmatage biologique à un stade avancé.

Le colmatage biologique (biofilm de ferrobactéries) produit des dépôts filamenteux, visqueux, brunâtres à orange, parfois avec des structures ressemblant à des filaments ou à une mousse. Il est souvent associé à une odeur caractéristique lors du prélèvement d'eau.

L'évaluation de la gravité se fait par estimation visuelle du taux d'obturation des perforations : un colmatage partiel (moins de 30 %) a un impact limité sur le débit ; un colmatage dense (plus de 60 à 70 %) justifie une intervention de décolmatage.

Défaut 2 : la corrosion des tubages métalliques

La corrosion affecte principalement les tubages en acier ou en fonte. Elle peut être d'origine électrochimique (eau agressive, courants parasites), biologique (acides produits par les bactéries sulfato-réductrices) ou mécanique (érosion par les sédiments).

A l'inspection caméra, la corrosion se présente sous plusieurs formes :

  • les piqûres de corrosion : points ou zones localisées de dégradation superficielle, souvent visibles comme des taches sombres ou des cratères sur la paroi ;
  • la corrosion généralisée : amincissement uniforme de la paroi, difficile à quantifier par caméra seule mais visible par la rugosité et la décoloration de surface ;
  • les perforations traversantes : les stades avancés où le métal est troué, parfois visibles comme des points de lumière ou des zones d'entrée d'eau sableuse.

La détection précoce de la corrosion est cruciale : une perforation laissée sans traitement évolue rapidement et peut nécessiter un chemisage ou un reforage.

Défaut 3 : les déformations et ruptures de tubage

Les tubages peuvent se déformer sous l'effet des contraintes du terrain (gonflement d'argile, tassement, pression géostatique) ou se rompre aux joints de raccordement. Ce type d'anomalie est moins fréquent mais souvent plus grave car il compromet l'intégrité structurelle de l'ouvrage.

A l'inspection, les déformations apparaissent comme des rétrécissements du diamètre interne, des ovalisations ou des décalages entre sections de tubage. Les ruptures de joint produisent des zones d'entrée de fines ou, dans les cas graves, des zones de bourrage.

Une déformation significative peut bloquer la descente de la caméra ou, dans les cas graves, rendre impossible le remplacement de la pompe.

Défaut 4 : les entrées de sable et de fines

Les entrées de sable à travers des crépines endommagées ou un massif filtrant défaillant sont visibles sous forme de dépôts sédimentaires dans le fond du forage ou de turbidité dans l'eau lors du passage caméra. Elles sont souvent associées à une usure prématurée de la pompe.

L'inspection permet de localiser précisément les zones d'entrée et d'évaluer la hauteur de sédiments accumulés dans le fond de l'ouvrage, par comparaison avec la profondeur totale connue.

Défaut 5 : l'état des cimentation et des joints d'étanchéité

La cimentation annulaire en partie haute de l'ouvrage est conçue pour empêcher la descente d'eaux superficielles vers l'aquifère. Si elle est défaillante (retrait, fissuration, absence), des eaux de ruissellement ou d'une nappe superficielle polluée peuvent infiltrer le forage.

A l'inspection, ce défaut se manifeste par des zones d'infiltration visible entre la paroi et le tubage, des traces d'humidité ou de dépôts de surface, parfois des variations anormales de qualité de l'eau à certaines profondeurs.

Comparer dans le temps, pas seulement observer

La valeur d'une inspection caméra est maximale quand elle s'inscrit dans une série : l'état de l'ouvrage au moment de la livraison, puis à intervalles réguliers, constitue une chronique qui permet de mesurer la vitesse de dégradation de chaque anomalie. Un colmatage qui double en deux ans n'appelle pas la même décision qu'un colmatage stable depuis cinq ans.

Sans état de référence, l'inspection donne un instantané mais pas une dynamique. On sait que l'ouvrage est colmaté ; on ne sait pas si c'est nouveau ou ancien, rapide ou lent.

Archiver les vidéos d'inspection dans le dossier de chaque ouvrage, les dater, les associer aux données de débit du moment et les comparer d'une inspection à l'autre : c'est ce que SmartWaterWell permet de faire systématiquement. L'analyse IA des images caméra détecte et documente les anomalies de façon homogène, pour que chaque passage soit exploitable et comparable dans le temps.